Par Mario D’Agostino
L’idée du projet
Le projet que je présente ne concerne pas qu’une seule Initiative de Jeunes, mais deux qui se sont succédées. L’idée de ces initiatives consistait à développer des opportunités pour les jeunes sur un territoire ou il n’existait ni politique jeunesse, ni association ou centre pour les jeunes, si bien qu’il n’y avait là aucune activité pour eux.
En 1995, je travaillais comme assistant social responsable d’un centre pour les jeunes handicapés, tout en étant un jeune activiste du ‘Réseau Express Jeunes’, de l’exclusion à l’inclusion. Grâce à ce réseau j’ai eu l’occasion de participer à la formation à long terme (Long Term Training Course) organisée au Centre européen de la Jeunesse à Strasbourg. Les participants à cette formation venaient de toute l’Europe avec une idée de projet jeunesse potentiel. Celui que j’avais en tête consistait à construire un centre jeunesse dans ma ville natale Tivoli (60000 habitants, province de Rome), afin de donner l’occasion aux jeunes d’être créatifs et actifs et de promouvoir la culture de la participation de la jeunesse auprès des jeunes et des politiques.
Les initiateurs
Grâce aux informations et compétences que j’ai acquises pendant ma formation à Strasbourg et grâce au soutien du Réseau Express Jeunes, j’ai commencé à appliquer ce que j’avais appris avec un groupe de jeunes qui vivaient à Borgonuovo, une banlieue défavorisée de Tivoli. Enthousiaste, je leur expliquais qu’en tant que citoyens européens, nous avions la chance d’exprimer notre droit d’être actifs et créatifs et, par-dessus tout, que nous avions l’occasion de développer un projet d’Initiative de Jeunes dans le cadre du programme ‘Jeunesse pour l’Europe’.
J’ai ainsi commencé à rencontrer ce groupe de jeunes âgés de 15 à 19 ans dans le centre pour les jeunes handicapés où je travaillais ; ils étaient très motivés pour réaliser leur propre projet avec moi et c’est ainsi que mon expérience de coach pour une Initiative de Jeunes a débuté.
L’emploi du temps et la méthodologie
Initiative après initiative, les différentes phases de l’idée du projet ont été les suivantes :
Première phase : Initiative de Jeunes ‘Lettre à l’Europe’Suite à plusieurs réunions en janvier 1996, le groupe s’est finalement mis d’accord sur une idée commune de projet. À ce stade, j’essayais de faire de mon mieux pour les coacher sans les influencer, mais en les aidant à clarifier leur idée du projet. Celle-ci était de produire un film qui témoignerait de leur situation. Loin de devenir des acteurs célèbres, leur but était de passer du bon temps ensemble, tout en faisant savoir aux autres, jeunes, politiques locaux et associations jeunesse européennes, quelle était la réalité qu’ils vivaient. Nous avons mis le projet par écrit et avons finalement envoyé le dossier à l’agence nationale du programme Jeunesse pour l’Europe.
Nous avons rencontré de nombreuses difficultés car nous avons appris que le projet était accepté 6 mois après avoir envoyé la candidature, quant à la subvention elle est arrivée un an plus tard. Il m’a été très difficile en tant que coach de maintenir leur motivation aussi longtemps et ça a été vraiment stressant de soutenir le groupe sans outil ni argent. Mais je ne pouvais pas le laisser tomber à ce moment.
Finalement, fin 1997, le film intitulé ‘Lettre à l’Europe’ était prêt et sous-titré en anglais et en français. Ce documentaire dénonçait avec véhémence la situation sociale et culturelle des jeunes vivant en banlieue.
À ce stade le groupe a décidé de louer un cinéma pour montrer leur film aux citoyens et aux politiques. Ils avaient l’intention d’organiser un forum sur les enjeux de la jeunesse avec les politiques locaux dans lequel demander à ceux-ci de les aider à monter une association pour les jeunes. Cette association serait destinée à mettre en place un centre jeunesse et à développer un conseil local de la jeunesse. Ce jour-là le cinéma était plein (à l’exception des politiques). Je me suis rendu compte plus tard que l’idée de tenir un forum avec les politiques venait plus de moi que des jeunes.
Quand le film a été fini, le groupe a parlé de son expérience et a invité d’autres jeunes à les rejoindre pour créer une association et revendiquer un centre jeunesse.
Deuxième phase : Association jeunesse ‘Ville libre des jeunes’ Environ 8 jeunes très motivés ont rejoint le groupe après l’Initiative de Jeunes ‘Lettre à l’Europe’. En 1998 ils ont finalement réussi à mettre en place une association de jeunes appelée ‘Ville libre des jeunes’, mais quelques mois plus tard, seuls 6 personnes en faisaient toujours partie, dont seulement 2 venaient du groupe d’origine. Pendant une longue période, ce groupe de 6 a essayé d’organiser des petites activités pour les autres jeunes et les enfants, mais il leur était difficile de maintenir leur organisation vivante sans reconnaissance et soutien de la municipalité.
Troisième phase : Initiative de Jeunes ‘De la créativité à la participation’ En 2001, suite à une importante crise entre les membres du groupe, l’association a réalisé une Initiative de Jeunes appelée ‘De la créativité à la participation’, soutenue par l’agence nationale JEUNESSE et une fois encore par moi comme coach bénévole.
En 8 mois de projet, un groupe de 15 jeunes venus de l’association ‘Ville libre des jeunes’ a mis en place plusieurs activités, comme des concerts, des forums cinéma sur la situation des jeunes, des représentations de jeunes artistes, des tables rondes sur la politique jeunesse et la participation des jeunes, des ateliers de théâtre, de musique traditionnelle, de travail interculturel, de clown et de conception vidéo. Ils ont loué une vieille usine qui est devenue une association gérée par les jeunes pendant la durée du projet. Cette fois j’avais la confirmation que l’objectif du projet que portait le groupe consistait à motiver les jeunes à être actifs et les politiques à soutenir une politique jeunesse. Mon rôle de coach a plutôt été de former le groupe à la gestion de projet pour améliorer sa capacité et son autonomie à gérer lui-même le projet.
Le résultat du projet a pris la forme d’un documentaire vidéo qui a été discuté avec le maire au cours d’une conférence publique. Les jeunes se sont inspirés du livre blanc sur la politique jeunesse de la Commission européenne et de la carte de participation du Conseil de l’Europe et ils ont demandé au maire de leur fournir un centre jeunesse pour tenir un conseil local de la jeunesse. À ce stade, le maire s’est engagé à payer le loyer du centre pendant 10 mois et à accompagner les jeunes pour trouver une façon commune de développer une politique jeunesse.
Quatrième phase : Centre jeunesse ‘Communauté des jeunes de Tivoli’En 2002, l’association de jeunes comptait 250 membres. Elle m’a demandé de poursuivre mon soutien dans la recherche de subventions pour mettre en place un centre jeunesse participatif. L’association et moi voyions enfin notre rêve devenir réalité. L’association a enfin reçu l’aide économique pour lancer ce centre jeunesse voué à promouvoir la participation des jeunes dans la ville de Tivoli.
Les résultats du projet
Le fait qu’il existe aujourd’hui un centre jeunesse qui nourrit la participation découle d’un processus mené sur plus de 7 ans, grâce aux programmes européens ‘Jeunesse pour l’Europe’ et ‘Jeunesse’.
Aujourd’hui, six personnes âgées de 25 à 30 ans, issues du groupe d’origine et de l’association ‘Ville libre de jeunes’, sont devenues travailleurs jeunesse et interviennent dans différentes associations de la région. Quant à moi, je suis actuellement le coach d’un groupe qui vient d’une ville de 100000 habitants dans le sud de l’Italie, où aucune association pour les jeunes ni centre jeunesse n’existe.
L’approche de coaching
Dans la phase initiale du projet, j’ai surtout travaillé à véhiculer les informations sur les opportunités offertes aux jeunes par l’Europe et à motiver le groupe à réaliser quelque chose pour lui-même et la communauté locale des jeunes. À ce stade, je partageais avec le groupe inquiétudes et émotions et endossais le rôle de leader du groupe et du projet. J’étais jeune alors et sûrement plus un travailleur social et un activiste qu’un coach. Ce que je me demande et vous demande est si, à votre avis, il est juste que les objectifs d’un jeune travailleur jeunesse soient transférés à un groupe de personnes plus jeunes. Pensez-vous que j’ai manipulé le groupe ou que je lui ai offert une opportunité ?
Dans la deuxième phase, le groupe a cherché son autonomie et son identité, si bien que les membres les plus âgés, malheureusement également les plus défavorisés sur le plan socio-économique, ont quitté le groupe, alors que des plus jeunes l’ont intégré. Il m’a été dur à ce stade de ne pas rentrer dans le groupe, surtout parce que les jeunes dont je pensais qu’ils pouvaient apporter une importante contribution étaient en train de partir. Je n’ai soutenu le groupe que quand les jeunes me l’ont demandé. Je me demande parfois s’il aurait été utile d’être plus présent en tant que pair. Qu’en pensez-vous ?
Dans la troisième phase, le groupe est venu me voir pour me consulter au sujet d’un problème lié à la participation des jeunes dans les activités promues. Ils m’ont demandé de soutenir un projet local d’Initiative de Jeunes. Cette fois en tant que coach, j’ai facilité la gestion de la communication, je les ai aidés à identifier leurs compétences individuelles et suis intervenu comme un mentor. C’est dans cette phase que je me suis senti le plus à l’aise, peut-être parce que c’est ce que l’on me demandait.
Pour moi, la quatrième phase a correspondu à la fin de mon rôle de coach. J’ai mis mes connaissances et mes compétences à la disposition de l’association de jeunes pour la recherche de subventions afin de mettre en place un centre jeunesse de participation démocratique. Malheureusement, après que l’aide économique de la région a été reçue, le bureau de l’association n’a pas effectué de gestion participative du centre. Les seules personnes à le diriger étaient le président, le vice président, le trésorier et le secrétaire, qui tous étaient des travailleurs jeunesse.
Je me demande et vous demande donc maintenant s’il est possible pour le coach d’être manipulé par un groupe de jeunes ?
Deux vidéos témoignent de cette expérience : ‘Lettre à l’Europe’ tournée en 1996 et ‘De la créativité à la participation’, tournée en 2001. Il est possible d’en demander un exemplaire par e-mail à l’adresse riodago@tiscali.it.


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