Carte postale d’Allemagne : "Participation… mission (im)possible"

par Jochen Butt-Posnik

L’idée du projet

En tant que travailleur jeunesse dans une grande association pour les jeunes, je dois de temps en temps trouver des fonds supplémentaires pour contrebalancer la suppression par l’état ou les autorités locales de nos subventions régulières. En faisant cette recherche, j’ai trouvé la possibilité d’obtenir une subvention par un fond de projet pour l’amélioration de la participation sociale des jeunes, proposant un maximum de 10000€ pour des projets qui fixent un contrat entre des jeunes et les représentants politiques, les autorités locales ou même des entreprises privées.

J’ai monté l’idée du projet ‘Participation – Mission (im)possible’ pour donner aux groupes de jeunes locaux un cadre pour s’engager dans ces contrats et réaliser des projets correspondant à leurs besoins locaux. Notre bureau fournirait un CD-Rom et des ressources sur la gestion de projet et une formation pour accompagner les projets locaux. Ceux-ci pourraient concerner tout ce qui est considéré comme nécessaire pour améliorer les choses.

Les initiateurs

J’ai rempli le dossier de candidature non pour répondre à un besoin précis exprimé par les jeunes eux-mêmes. J’avais plutôt le sentiment que cela allait être nécessaire et servir les intérêts de l’association pour laquelle je travaille. J’ai fait des prospectus et ai répandu l’information sur ce projet parmi les groupes locaux de jeunes de notre association pour les motiver à y participer quand les fonds seraient reçus. Et ils l’ont été ! Nous avons eu l’accord, le bureau de mon association était ravi de cet argent supplémentaire et j’ai eu ce nouveau sentiment de pouvoir allier mes intérêts pour motiver mon groupe cible pour le projet aux intérêts de mon association. Pour être franc, l’initiateur a été moi plutôt que les jeunes.

L’emploi du temps et la méthodologie

Il s’est avéré qu’après trois mois de promotion de cette subvention (comprenant de l’argent pour des projets locaux), personne ne semblait intéressé. Que faire ? Je continuais de penser que notre idée de départ tenait la route, était bonne, et j’avais l’impression que les jeunes devaient s’impliquer dans le projet programmé. Ils en tireraient un grand bénéfice, du moins c’est ce que nous pensions. Ils pourraient mieux faire valoir leurs idées, peut-être résoudre certains problèmes locaux, apprendre à gérer les promesses des politiques ; que de bons résultats, mais les jeunes semblaient en quelque sorte peu intéressés. Par ailleurs, l’avantage pour notre association valait le coup : de l’argent supplémentaire, de meilleurs rapports avec nos jeunes bénévoles, disons une meilleure réputation, et une belle réussite que nous pourrions présenter au public.

Le risque de faire du coaching dans de telles conditions est de le dénaturer. Vous vous concentrez de plus en plus sur le fait qu’il vous faut trouver n’importe qui pour réaliser votre idée de projet. Quels sont les besoins des jeunes en termes de coaching ? Il ne s’agit sûrement pas de leur proposer de résoudre leurs problèmes en participant à votre projet. L’idée bien sûr ne se vend pas à tout le monde. Aucun travail de participation n’est viable et ne reçoit une réelle implication des jeunes s’il ne correspond pas à leurs propres intérêts et besoins. J’ai donc essayé de convaincre les jeunes, de placer un commentaire sur les avantages du projet ici et là et tenté de créer une atmosphère dans laquelle les jeunes pouvaient commencer à réfléchir aux opportunités qui s’offriraient à eux s’ils participaient à ‘mon’ projet. Je ne savais plus en fin de compte s’ils allaient se lancer.

Peut-être finalement allais-je devoir écrire le rapport du projet en faisant plutôt preuve d’imagination, ou rendre une partie de la subvention, ou reconnaître que le projet que j’avais planifié n’était pas fondé sur des besoins, mais sur une prédiction (mal estimée) de dynamique. C’est difficile d’arriver à une telle conclusion, surtout quand son travail est lié à la réussite de telles entreprises, mais cela vaut mieux que de faire des jeunes des outils pour servir ses idées. Je n’aurais pas aimé être traité comme une ‘matière première’ au service des enjeux d’un travailleur jeunesse quand j’étais jeune. Ce peut être un point de repère clair sur les limites que l’on peut se fixer dans son rôle de coach pour réaliser ses propres idées avec les jeunes avec qui l’on travaille.

Les résultats du projet

Après plus de deux mois, des participants à l’un de mes séminaires ont subitement montré de l’intérêt pour les possibilités offertes par le projet. J’avais déjà travaillé auparavant avec ces jeunes et ils avaient créé leurs propres idées et identifié des besoins pour le projet. Ils m’ont envoyé un SMS au milieu de la nuit pour me demander les conditions de subventionnement. J’imagine qu’ils n’auraient pas fait cela si c’est moi qui les avais lancés dans le projet !

Nous avons utilisé quatre séminaires successifs sur le coaching et le soutien des projets locaux menés par les jeunes bénévoles. Ils devaient se fonder sur leurs besoins au niveau local, par exemple la rénovation d’une salle pour les jeunes dans la maison de l’association ou la création d’options intéressantes pour les jeunes du coin pour occuper leur temps libre pendant les vacances d’été. Pour les soutenir, mon association a mis au point un CD-Rom permettant de passer en revue la liste du matériel nécessaire pour mener des projets locaux et travailler comme bénévoles dans les bureaux de jeunes de notre association.

Les problèmes qu’ils ont rencontrés dans la mise en place de leurs projets locaux étaient, et sont toujours, conséquents. Pour être réaliste, il semble que ces projets ne soient pas leur priorité dans leur travail pour l’association. Néanmoins, certains ont tenté le travail sur le projet, ont goûté à l’expérience de tels projets participatifs et ont beaucoup appris – du moins je l’espère. La première grande présentation du projet en public a eu lieu et a prouvé combien les jeunes avaient appréhendé toute l’affaire comme étant la leur.

L’approche de coaching

J’imagine que de nombreux travailleurs jeunesse se retrouvent dans une position similaire, à essayer de trouver l’équilibre entre les intérêts de leur association et ceux des jeunes eux-mêmes. Dans la plupart des cas, votre réussite professionnelle a plus de chance de se fonder sur des projets ou activités de jeunes qui fonctionnent. Pour obtenir de l’argent public, il faut avoir d’une part des idées de projet et d’autre part l’implication des jeunes, mais faut-il nécessairement connecter les deux à tout prix ?

Où est la limite au-delà de laquelle commence la manipulation et où votre soutien de coach utilise les jeunes pour répondre aux besoins de l’association ? Elle est sûrement assez facile à cerner de par le manque d’engagement des jeunes et votre mauvaise conscience. Si l’on considère son rôle dans le groupe de jeunes avec réalisme et que l’on se retrouve dans le rôle de la principale source de motivation, de celui qui prend toutes les responsabilités, si en s’écoutant coacher les jeunes, on entend de légères tentatives pour les influencer… alors il faut faire marche arrière et réfléchir à nouveau à son rôle !

Coacher en prenant position face à la participation active des jeunes peut donner des résultats étonnants, mais il faut pouvoir continuer à se regarder dans une glace…


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