par Ülly Enn
L’idée du projet
Cette Initiative de Jeunes a été menée par un groupe de jeunes d’une maison de la jeunesse locale dans une région plutôt reculée du sud de l’Estonie. Il s’agit d’un de ces endroits auquel on reproche en général d’être trop petit, trop éloigné du centre de la région et donc plutôt mort pour les jeunes qui y vivent. Dans ce petit village, l’exception résidait dans une coopération entre différentes générations pour développer la communauté qui fonctionnait plutôt bien. Par exemple, la maison de la jeunesse locale avait été lancée avec un soutien fort des autorités locales et ses événements connaissaient un franc succès avec la population du coin. Au cours d’un rassemblement organisé par cette maison de la jeunesse, une nouvelle idée est née : un groupe de ses jeunes a décidé d’apporter sa contribution pour enrichir la connaissance et l’intérêt dans la participation active des jeunes dans un ou plusieurs villages isolés de la région.
Les initiateurs
L’idée du projet a été lancée par des jeunes actifs dans cette maison de la jeunesse depuis son lancement et donc ayant la plus grande expérience des activités menées au niveau local. Afin d’élargir le groupe et d’impliquer d’autres personnes intéressées, une invitation a été envoyée par e-mail au groupe de la maison de la jeunesse et finalement, 14 jeunes, pour la plupart âgés de 15 à 19 ans, ont commencé à développer l’idée du projet plus avant. Comme leur village n’était pas bien grand, tous se connaissaient plutôt bien.
Le projet avait pour but d’impliquer les jeunes de différents villages de la région afin qu’ils prennent mieux conscience de leur potentiel pour participer de façon active et commencer quelque chose dans leur propre environnement familier. Dans le projet, les jeunes ont mis l’accent sur le fait que si cela marchait, toute la communauté en profiterait à long terme.
L’emploi du temps et la méthodologie
Le projet a été programmé sur 12 mois. Pendant la phase d‘introduction, l’idée du projet a été présentée à la radio régionale pour une publicité plus large. Pendant une semaine, plusieurs interviews et des jeux interactifs ont eu lieu dans le cadre d’un programme radio pour attirer l’attention des jeunes. Par ailleurs des courriers ciblés sont partis vers les pouvoirs publics de la région.
L’étape suivante a consisté à organiser des événements dans les différents villages pour susciter la prise de conscience. Six événements en tout ont eu lieu et ont impliqué plus de 200 jeunes. Le programme des événements comprenait une présentation du projet et de la maison de la jeunesse locale, des séances d’information sur la façon de lancer une maison de la jeunesse, des projets jeunesse et de trouver le soutien financier pour les activités locales dédiées aux jeunes. Un atelier sur les obstacles à la participation locale des jeunes a également été organisé, ainsi que des divertissements (jeux sportifs et soirée). Au cours de chaque rencontre les idées de la maison de la jeunesse locale sur de nouvelles initiatives ont été rassemblées et une liste de contacts des jeunes des différents villages a été entamée pour le réseau d’information jeunesse de la région.
Les résultats des événements tenus dans les villages et la grande finale ont été transmis aux directions des autorités locales. Si l’on considère les résultats du projet en termes de produits, ils ont généré une page web avec des informations utiles pour ceux qui s’intéressent à la participation locale des jeunes et un livret d’information sur les maisons de la jeunesse locales.
Au cours du processus du projet, le groupe des initiateurs a été soutenu par un travailleur jeunesse intervenant dans la coordination de la maison de la jeunesse locale. Par ailleurs, tous les groupes au centre d’Initiatives de jeunes en Estonie ayant reçu une subvention dans le cadre du programme Jeunesse ont également reçu le soutien de l’agence nationale qui les a impliqués dans une formation sur l’évaluation de mi-parcours. À cette occasion, du coaching a également été prodigué par l’agence nationale elle-même.
Il est dommage que ce groupe n’ait été impliqué dans la formation qu’un mois avant la fin de son projet, alors qu’en général la formation a lieu en cours du processus de projet, ce pour en améliorer la qualité en aidant à l’évaluation de mi-parcours et pour les phases à venir du projet.
Dans ce contexte, j’ai coaché en tant que chargée de mission de l’agence nationale, ce qui a consisté avant tout à soutenir l’évaluation des expériences au cours de la formation. Cela a impliqué une aide dans la gestion de certains malentendus entre le groupe central et le coach local, l’identification des principaux éléments d’apprentissage avec les jeunes, etc., ainsi que des consultations par téléphone et par e-mail suite à la formation pour soutenir les dernières activités et l’élaboration du rapport du projet.
Les résultats du projet
On peut dire que dans l’ensemble les jeunes ont atteint leur objectif. Ils sont parvenus à créer une sensibilisation sur la façon de lancer quelque chose au niveau local dans les petits villages. Il en a découlé la formation de plusieurs maisons de la jeunesse locales. Les événements du projet ont aussi attiré l’attention sur les enjeux de la jeunesse.
De plus, les résultats du projet peuvent aussi être mesurés par l’expérience d’apprentissage extensif pour le groupe central. Le processus du projet a été assez long et compliqué, si bien que les jeunes ont fait face à un nouveau problème :
• Des difficultés dans leur relation avec le travailleur social de la maison de la jeunesse locale. Il était devenu évident que les jeunes et ce professionnel avaient des vues divergentes sur la réalisation du projet. Selon les jeunes, le travailleur social étant la personne officiellement en charge du programme, des discussions sensibles avaient eu lieu sur la propriété du projet.
• Un intérêt mitigé de la part des jeunes du groupe cible, voire dans certains ateliers un comportement arrogant et perturbateur. Le projet a été dans l’ensemble accueilli chaleureusement par les jeunes dans les villages, mais certains événements n’ont pas réussi à nouer le contact avec eux.
Ces difficultés ont eu pour effet de démotiver certains membres du groupe pour la poursuite du projet. Dans les faits, en essayant d’atteindre les objectifs fixés dans le projet et de créer un impact local positif sur la participation des jeunes dans des villages plutôt isolés par l’exemple de leur propre expérience, ils ont également dû lutter avec, entre autres, des problèmes liés au travail de groupe et aux influences de la communauté locale.
L’approche de coaching
Ce projet a été mené dans un cadre où en principe ses initiateurs pouvaient s’adresser à de nombreuses personnes et institutions pour être coachés : la maison de la jeunesse locale, les autorités locales et l’agence nationale. On peut voir par exemple que dans certains aspects du projet, le groupe a dû être prêt à trouver les meilleures solutions pour réaliser le projet, ce qui devait se faire plutôt indépendamment du coaching.
Il est dommage que la formation prodiguée par l’agence nationale n’ait été faite que si tard car il est évident qu’elle a permis au groupe de trouver un environnement plutôt sécurisé et confortable pour évaluer le processus de son projet et identifier les moments auxquels il avait clairement besoin de suivi et d’aide de la part d’une personne extérieure. Plusieurs méthodes ont été utilisées pendant la formation : la création de publicités pour mettre en avant les points essentiels du projet, l’aide aux discussions de groupe pour identifier les expériences d’apprentissage sur les compétences acquises, les attitudes et les connaissances, des ateliers basés sur un forum théâtral voué à identifier des solutions aux problèmes rencontrés par les membres du groupe central pendant le projet, des mises à plat des réalisations au niveau individuel et au niveau du groupe. Après la formation, le coaching a surtout consisté en des consultations par téléphone et par e-mail.
L’histoire se finit plutôt bien pour ce projet dans la mesure où les principaux objectifs ont été atteints et où le groupe de jeunes a fait une expérience d’apprentissage précieuse. Sans le coaching, le processus du projet aurait été différent et, peut-être, moins difficile pour le groupe central. On peut regarder les Initiatives de Jeunes différemment en reconnaissant qu’il s’agit d’un environnement plutôt sécurisé pour tester ses propres capacités et comprendre ses propres erreurs dans la gestion de projet et, sous cet angle, voir si tout s’est passé à la perfection - comme dans le cas de ce groupe sur ce projet donné.
Après le projet, certains jeunes du groupe central ont également été impliqués dans la formation de groupes pour de nouveaux projets dans le cadre du programme Jeunesse - des Initiatives de Jeunes et plusieurs échanges jeunesse.


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