Carte postale de France : "Contre la violence à l’école"

par Pascal Chaumette

L’idée du projet

‘R.A.S au bahut’ est un débat théâtralisé sur le thème de la violence à l’école. Le but de cette série de sketches est de combattre la violence dans les écoles primaires, les collèges et les lycées. L’aspect innovant du projet est que ‘R.A.S au bahut’ est une représentation interactive, c’est à dire ce que l’on connaît sous forme de débat interactif théâtralisé. Cela veut dire que pendant la représentation, des échanges se font en permanence entre les spectateurs, les acteurs et un médiateur.

Que se passe-t-il ? Une première scène est jouée par des acteurs qui endossent le rôle d’un médiateur ou d’un professeur victime d’un acte de violence. À la fin de la scène, les acteurs se figent pour signifier qu’ils restent dans leurs rôles pendant que le médiateur invite le public à trouver des solutions. Les idées prennent forme, le médiateur identifie peu à peu deux ou trois jeunes réceptifs et leur demande de venir sur scène pour jouer non pas seulement leur rôle, mais aussi celui du professeur agressé. Il revient aux jeunes sur scène de régler le conflit de la façon la plus juste possible.

Au travers de ces sketches, les élèves des collèges et lycées peuvent entamer une discussion ouverte sur des sujets comme la violence verbale, le racket, le vol et des problèmes similaires qu’ils peuvent rencontrer tous les jours et tenter d’y trouver une réponse ensemble.

Les initiateurs

Le projet a été initié par cinq jeunes âgés de 18 à 25 ans et mené par une jeune femme qui jouait le rôle de coordinatrice. Tous étaient au chômage, mais aimaient le théâtre et jouer sur scène. Ils bataillaient pour décrocher tous les boulots possibles, mais avaient en tête ce projet dédié aux jeunes victimes de violence à l’école au quotidien. La coordinatrice et ses amis avaient été témoins de ce genre de violence et voulaient faire du théâtre pour servir une cause.

L’emploi du temps et la méthodologie.

Avec une si belle idée, les gens de la communauté locale ont vite été convaincus de la nécessité de mettre au point un tel projet et de l’impact positif qu’il aurait dans les écoles. Il s’agissait seulement de monter le projet, par exemple en en parlant aux gens, en soulignant que les compétences existaient déjà au sein du groupe, de même que la bonne volonté mais qu’il y avait un manque de moyens.

Quand la coordinatrice est venue me voir pour la première fois, elle m’a présenté le projet sans avoir rien mis par écrit ! Il nous fallait travailler sur la version écrite et, par conséquent, la structuration du projet. Nous avons discuté ensemble de tous les détails et comme je ne la connaissais pas du tout, elle a constitué sa ‘carte réseau’ : un outil pratique qui peut être utilisé pour identifier les connaissances réelles qui peuvent contribuer au projet, qu’elles soient personnelles, professionnelles ou autres.

Nous avons ensuite travaillé sur tous les aspects organisationnels et surtout, nous nous sommes concentrés sur les façons de trouver les fonds nécessaires. Nous avons dû faire face à des déboires suite au refus de nous allouer des fonds et traverser une période difficile de doutes et d’hésitations.

Les résultats du projet

Ce projet a pu être monté il y a 5 ans et existe toujours ! En termes de reconnaissance, le groupe a reçu le prix national de la meilleure initiative menée par des jeunes.

Aujourd’hui, la coordinatrice et ses amis ont créé une association : ‘Trac’n’Art Théâtre’. Elle la dirige et continue de travailler sur ce projet, entre autres activités sur des sujets concernant les jeunes (Sida, drogues…).

Des centaines de collèges et lycées ont demandé à recevoir sa pièce : il y a une longue liste d’attente pour obtenir une date de représentation par ce groupe, car ses résultats ont été extraordinaires. Ce n’est pas surprenant dans la mesure où l’éthique ne vient pas ici des professeurs ou des parents, ni même des acteurs sur scène. Le message vient des jeunes eux-mêmes de par la façon dont ils sont impliqués.

L’approche de coaching

Mon but principal en coachant ces jeunes a été de faire aller le projet de l’avant et d’organiser le groupe, de mettre en place un processus de gestion de projet qui nous permette de travailler sur des étapes définies vers les objectifs. Le groupe étant motivé et convaincu par son projet, mais quelque peu perdu dans les démarches administratives, mon rôle a consisté à créer des synergies entre lui et les partenaires potentiels. Il nous a ainsi été possible de partager les responsabilités et chaque personne savait ce qu’elle devait faire tout en restant dans le cadre général du montage de projet. Sur la base de leurs compétences diverses, le groupe a décidé lui-même qui ferait quoi.

Il importait que le groupe n’abandonne pas son idée, ni ne se décourage à cause du volume de papiers et de démarches administratives auxquels il devait faire face. Ces premières étapes dans tout projet sont absolument cruciales pour consolider l’équipe et il faudrait les mettre en valeur, les souligner et même les célébrer ! Au cours de nos réunions hebdomadaires, mes objectifs en termes de gestion d’équipe ont été de rationaliser ce qui était fait et de relier le tout pour donner au groupe une image claire de ce vers quoi il allait dans ce projet. Cette approche a apparemment payé puisque les membres du groupe m’ont dit qu’ils avaient l’impression de faire un puzzle dans lequel ils étaient l’une des pièces.

Connaissant peu l’univers du théâtre moi-même, j’ai dû faire appel à l’aide d’experts pour différentes choses, comme l’analyse des besoins et en particulier la recherche de matériel à bas prix. J’avais en tête de concilier les détails techniques et la consolidation de l’équipe car je pensais qu’il est bien plus facile de se concentrer sur la dimension humaine des choses une fois les questions techniques résolues.

Mon rôle principal a consisté à définir les procédures générales. Il n’y avait pas besoin de passer en revue les objectifs ou les contenus, mais plutôt de travailler sur les moyens de développer le projet. En fait le groupe avait déjà une forte capacité à être autonome, ainsi que les compétences requises dans la gestion de projet, mais il fallait un guide qui lui montre la façon de structurer le projet par étapes. J’ai donc endossé ce rôle !


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