par Milena Butt-Posnik
L’idée de projet
Un groupe de jeunes d’une petite ville du sud-est de la Pologne a préparé un projet intitulé ‘Quelques minutes pour nous’. Ce nom fait référence à leur sentiment de n’avoir que très peu de temps pour pouvoir faire quelque chose ensemble avant de devenir des adultes, occupés par leur travail, leurs responsabilités et leurs obligations personnelles dans la vie.
La ville dans laquelle ils habitent n’offre pas beaucoup de choix pour occuper leur temps libre en dehors de la maison et de l’école. Le taux de chômage y est très élevé et les familles de ces jeunes connaissent des difficultés économiques et sociales. Tous ceux qui ont été à l’origine du projet sont dans le même lycée où ils ont créé le ‘Club étudiant d’art indépendant’. Le but principal de ce club consiste à créer un espace pour le développement personnel et pour des activités qui peuvent concurrencer la télé ou l’oisiveté.
Selon eux, tout le monde peut être membre de leur club : ceux qui sont appréciés comme ceux qui ne le sont pas, les heureux et les malheureux, ceux qui travaillent dur comme les fainéants. Ils ont voulu mettre en place un ‘monde d’alternative’ dans lequel ils peuvent s’exprimer. L’idée de leur projet Initiative de Jeunes est venue suite à un besoin de développer plus avant leur club et de motiver les jeunes à découvrir leurs talents et souhaits les plus profonds, une envie de sortir les gens de leur routine.
Les initiateurs
Les membres les plus actifs du Club d’art indépendant ont eu l’idée d’une Initiative de jeunes. Ils étaient neuf en tout, âgés de 14 à 25 ans ayant lancé le projet. Ils n’avaient pas d’expérience dans la préparation de projet et la demande de subvention, c’est pourquoi le bibliothécaire de leur lycée leur a proposé son soutien et son aide pour créer et rédiger le dossier. La bibliothèque du lycée est devenue le lieu de rassemblement dans lequel la plupart des réunions du groupe ont eu lieu.
Ces jeunes étaient déjà connus dans la communauté locale pour avoir organisé des soirées de poésie, des expositions, des événements pour la Saint Valentin et des activités communes avec des jeunes handicapés de la ville. Le directeur de l’école et les professeurs ont aidé le groupe à monter le projet et à le présenter à l’agence nationale JEUNESSE en Pologne. Ils ont fait 14 réunions avant que le dossier de candidature ne soit prêt à être envoyé.
Emploi du temps et méthodologie
Le projet a été planifié sur cinq mois et a par la suite été prolongé à cause de changements dans le programme et au sein du groupe de jeunes.
Pendant le premier mois, la préparation et les premières activités ont été entamées. Un questionnaire a été mis au point et distribué aux jeunes de la ville pour identifier leurs besoins et intérêts communs qui ne pouvaient pas être réalisés par manque d’argent. D’après les réponses, quatre domaines principaux de travail ont été mis en avant : l’art, l’architecture, l’informatique et le numérique et les langues étrangères.
La première phase du projet a fait preuve d’un grand enthousiasme. Les jeunes étaient très motivés et heureux d’avoir obtenu une subvention. La coopération avec l’école était excellente, de même qu’au sein du groupe des initiateurs. Le conseiller du lycée, qui a pris le rôle de coach des jeunes, faisait beaucoup pour le groupe et représentait le point de contact avec l’agence nationale.
Au deuxième mois, la mise en place a commencé. C’est alors que les premiers problèmes sont apparus, sous forme de conflit entre la coordinatrice du projet et le conseiller. Le rôle de coordination du projet avait été alloué par le groupe à une jeune poétesse. Elle a un jour appelé l’agence nationale pour se plaindre que le conseiller influençait trop le groupe et ne permettait pas aux jeunes d’agir librement selon le principe des Initiatives de Jeunes. Le premier appel de l’agence nationale avec le conseiller et d’autres membres du groupe a donné une version différente du problème. Le groupe a alors promis de d’abord discuter du problème ensemble, puis de trouver une solution collégiale.
En ce qui concerne le système de coaching de l’agence nationale, il a été mis en place en trois étapes :
Première étape : e-mails et conversations téléphoniques Sous quelques jours l’agence nationale a reçu une lettre du groupe l’informant du changement de coordinateur du projet. Le même jour, l’agence a aussi reçu une lettre de la coordinatrice expliquant que manipulé par le conseiller, le groupe avait été forcé de la renvoyer de son rôle de coordinatrice du projet. Les conversations téléphoniques avec le groupe et le conseiller n’ont pas permis de clarifier complètement la situation. À ce stade, la source de conflit était identifiée au niveau de l’implication du conseiller.
Deuxième étape : réunion avec tout le groupe dans le bureau de l’agence nationale Les informations étant contradictoires, nous avons invité tout le groupe à l’agence nationale pour discuter des solutions au problème au cours d’une réunion. Le groupe était très soudé contre la coordinatrice, considérée comme un traître ayant averti l’agence nationale du conflit. Différentes méthodes ont été utilisées pour identifier la source de conflit au sein du groupe et trouver des solutions. Nous avons discuté des motivations des membres du groupe à travailler ensemble et avons fait ressortir l’issue d’une possible solution. À la fin, le groupe a accepté comme compromis de donner une nouvelle chance à la coordinatrice. À ce stade, la principale source de conflit était identifiée au niveau de la relation entre le groupe et la coordinatrice et le groupe ne voulait pas être coordonné par une personne qu’il ne respectait pas et en qui il n’avait pas confiance. Le conseiller n’était pas présent à cette réunion. Tous les membres du groupe avaient une excellente opinion de son rôle et de l’importance de l’aide qu’il leur avait fournie dans leur plan d’action.
Troisième étape : réunion avec tout le groupe dans sa ville La coordinatrice n’ayant pas accompli ce qui avait été décidé dans le compromis, le groupe a demandé un soutien supplémentaire. Une première conversation avec la coordinatrice a montré qu’elle ressentait une énorme pression du fait d’être observée et du manque de confiance des membres du groupe. Le groupe a décidé que dans la mesure où la communication était si difficile et où tant d’émotivité était en jeu, il valait mieux que la coordinatrice prenne en charge la coordination d’une section, plutôt que de tout le projet. Le conseiller n’était pas présent à cette réunion.
Les résultats du projet
Le projet a atteint ses buts : les jeunes ont créé un espace dédié à leurs talents et leur créativité. La ville est devenue l’endroit où les jeunes pouvaient de plus en plus passer leur temps libre. Toutes les activités prévues dans le calendrier ont été réalisées. La coordinatrice initiale du projet a cependant quitté le groupe et n’est jamais revenue. C’est pourquoi le principe d’un club dans lequel chaque personne peut être un membre actif n’a pas été appliqué.
L’approche de coaching
À mon sens, les points forts de l’approche du coaching ont été de prendre le problème au sérieux. Les limites ont été soulignées, les jeunes ont pris eux-mêmes les décisions, des suggestions ont été faites sur des solutions alternatives et l’analyse commune des bénéfices et désavantages des stratégies données, le cœur du conflit a été appréhendé collégialement et la solution finale est revenue aux jeunes, créant ainsi un espace sécurisé d’échange mutuel d’opinions et de besoins. Les faiblesses du coaching que j’identifierais consistent à ne pas avoir compris le contexte local et l’importance de la présence d’un adulte dans la reconnaissance du groupe par les pouvoirs publics, à ne pas avoir identifié les rôles au sein du groupe et à ne pas avoir su apprécier la position cruciale du conseiller aux yeux du groupe.
Dés le départ, ce groupe a été soutenu par différents adultes : professeurs, bibliothécaire, parents et à la fin le personnel de l’agence nationale. La plus grande problématique a été liée aux jeunes en tant que groupe plus qu’à un problème extérieur. Le plus grand besoin de coaching s’est fait ressentir dans le domaine de la gestion de conflit, de la communication, de la dynamique de groupe et de la construction de l’équipe. Le projet en soi a mis les jeunes face à des défis nouveaux et inconnus : comment travailler en groupe ? Comment atteindre des buts et objectifs ambitieux et continuer de s’apprécier ? Comment gérer la relation avec les membres du groupe qui ne respectent pas ses règles ? Comment communiquer avec les adultes ? Quel parti prendre en cas de conflit avec les conseillers ou les membres du groupe ? Comment gérer la confrontation personnelle et les ‘crises d’amitié’ ? Comment clarifier les incompréhensions et les doutes ?
Je pense qu’il aurait été très utile pour ce groupe de faire des exercices de consolidation et de travail de groupe qui auraient pu l’aider à mieux se connaître dans le cadre d’un travail en équipe de plusieurs mois. Il aurait par ailleurs été utile pour ces jeunes d’avoir un coach extérieur à leur groupe ou à l’organisme de soutien. Il leur a manqué l’aide de quelqu’un qui n’était pas impliqué dans le projet.



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